Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 22:00
C'est  une histoire pour enfants autour du thème des chaussettes. (thème de 2008/2009).

Trois amis, lapi nougri, chat teigne,et poule rousse, tombent  dans le piège tendu par l'abominable racoupi.
S'en sortiront-ils ?
Par Phil
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 21:56
Le secret de Margot est l'histoire d'une jeune vache qui, tous les soirs, prend ses jambes à son coup, dévale par monts et par veaux, et disparait dans les lointains.

Mais où va -t-elle donc ?

C'est son secret.







Cette histoire est le fruit d'une collaboration avec une illustratrice dans le cadre du projet sur "le secret". Elle est en ligne.
Par Phil
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Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /Avr /2008 22:36
Au printemps. Un bourgeon rose pâle sur le cerisier.
Par Phil
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Jeudi 10 avril 2008 4 10 /04 /Avr /2008 22:31
"Un petit temps pour soi : Narcisse devant son miroir.
Un grand moment avec les autres.
L'un ne va pas sans l'autre."
Par Phil
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Dimanche 15 avril 2007 7 15 /04 /Avr /2007 21:40
image13.jpg

Nature

 

Il faudra patienter encore un peu pour voir le projet illustré.

 

 

 

 

Le gobelin était connu sous le nom de Nature . Nature, tout simplement ; car il aimait la nature. Il passait son temps à folâtrer, à musarder, à papillonner dans les hautes herbes des marécages.

Il était un peu farceur, comme le sont tous les gobelins et leurs cousins les lutins.

Un jour, il avait attaché deux par deux les souliers d’un mille pattes. Quelle rigolade que de voir le pauvre insecte s’emmêler les pinceaux. Ouarf ! Ouarf !

Une autre fois, Nature avait accroché un crottin de cheval à la belle queue en panache d’un pauvre écureuil qui ne pouvait plus se débarrasser de cette singulière odeur .Pouah, pouah .

Même l’ours avait été roulé avec un bonbon au miel truffé aux orties et bourré de piments .L’animal avait craché le feu comme un dragon…ahhrr, ahhrr.

Nature s’amusait comme un fou mais il aurait bien partagé son humour irrésistible avec quelqu’un .

Il observait les papillons et, à force, il pouvait leur parler et même les comprendre , grâce à son bonnet . Il suffisait de le décorer avec les fleurs préférées des papillons. Il émanait alors du chapeau un subtil parfum et cette aura olfactive autorisait la communication.

Or, un jour qu’il préparait un piège à fourmi, Nature surprit la conversation de deux superbes sphinx :

« - Méfie-toi de l’île aux fleurs dit l’un d’eux .

-Quoi, ce paradis des papillons ?

-Oui, j’ai été collé là bas .

-Collé ?

-Oui, avec de la glu sur les pétales d’une rose. Et j’ai entendu un rire moqueur.

-Qui a osé ?

-Oh , c’est encore un coup de cette vilaine gobeline ! »

Nature, stupéfait mais intéressé prit une profonde inspiration et huma à pleine narines le bouquet d’amarantes capiteuses qui ornait son chef.Il ne put s’empêcher de poser la question qui lui brûlait les lèvres :

«- Où est-elle cette fameuse île ?

« De l’autre côté du marais mais seuls les papillons peuvent s’y rendre.

« Et pourquoi ?

« Le marigot est infesté de crocodiles !

« Comment faire alors ?

« Il te faudrait des ailes , comme nous répondirent les deux sphinx . »

Le gobelin réfléchit . Car , comme les miroirs et les hiboux, les gobelins réfléchissent beaucoup.

Il décida de se tresser un hamac en jonc .Quand, la nacelle fut prête il orna son chapeau de mille fleurs différentes et appela ses amis les papillons .

Chacun d’entre eux prit un pan du hamac et bientôt Nature s’éleva dans les airs …

Malheureusement , l’écureuil avait grignoté les mailles de jonc et Nature passa au travers .Plouf, plouf .Il perdit un bout de fesse ce jour là .L’écureuil s’était bien vengé, c’était à son tour de rire .Ah , ah

Or , notre gobelin était têtu. Car, comme les ânes et les mules, les gobelins sont têtus. Alors il fabriqua un cerf-volant avec la soie des cocons de ses amis les papillons .Mais , revanchard, l’ours mal léché coupa les fils avec un autre cerf-volant de combat dont les suspentes avaient été trempés dans de la poudre de verre .A force de se croiser , les fils cassèrent et Patatras, Nature fit un nouveau plongeon .Il perdit cette fois un bon bout de sa fesse droite .L’ours se poila au bord de l’étang.

Moins chanceux que les chats, les gobelins n’ont que trois vies. Cette fois, c’était du sérieux ; les crocodiles ne le rateraient pas !

Peut-être fallait-il demander conseil au roi des oiseaux, le fameux Quetztcoal en personne ?

Celui qui fait le vent en battant des ailes !

Nature suivit la piste du Phénix et remonta bientôt jusqu’à lui .Le vent devenait de plus en plus fort et il pouvait à peine avancer .Nature avait prévu une ancre pour s’accrocher à un arbre .Il progressa ainsi d’arbre en arbre .

« Qui va là ? rugit le grand oiseau en battant de plus belle .Floup, floup ! « Envole -toi petit ver ! »

Nature jeta l’ancre et s’aggrippa de toutes ses forces à la corde et offrit des friandises au roi .Tandis que ce dernier les savourait Nature put le questionner :

« M’aiderais-tu à voler ?

Quoi , moucheron comment oses-tu ?

Je veux aller sur l’île aux fleurs .

Rien que cela ! Ah, ah . Il te faudra d’abord répondre à ma question .

Je suis prêt !

-Alors, voilà mon énigme :

« Toutes blessent et la dernière tue . Qui est-elle ? »

Le gobelin réfléchit et comme il ne trouvait pas, il crut que sa dernière heure était arrivée .Il pensa une dernière fois à ses amis les papillons qui ont une vie bien éphémère, bien courte .C’est alors que le déclic opéra : « Eurêka, j’ai trouvé : La réponse : c’est l’heure »

Bravo petit mais je dois refaire du vent car une odeur m’empoisonne les naseaux .

En effet, le facétieux gobelin avait gardé des crottes de bique dans sa poche en prévision de bonnes blagues …

Cette fois , il fut projeté loin de l’antre de l’oiseau mais il eût le temps d’entendre les dernières paroles de Quetzatcoal : « Tu trouveras un présent au pied des roseaux, attention çà va décoiff’ … »

Nature volait presque .Il découvrit quatre sabots à l’endroit indiqué .Il eût préféré des bonnes ailes mais c’était mieux que rien .

Nature rentra dans sa cabane en bois et déposa les sabots devant la cheminée.

Au petit matin , il écarquilla ses yeux tout ensommeillés : les sabots avaient bougé

Il ne rêvait pas .Il les avait bien mis devant la cheminée , n’est-ce pas ? Comme pour NoËl .

Peut-être étaient-ils magiques ?

Il lui fallait en avoir le cœur net .Il fila aussitôt au champ de l’âne et lui amena quelques chardons pour l’amadouer .

Le grison , un peu méfiant fut réconforté par les délicieux chardons et accepta d’essayer les sabots .Mais , quand il décolla légèrement il crut à une nouvelle farce du gobelin.

Nature sauta sur son dos et cria : «  Pégase, plein gaz ! »

Cela marchait : l’âne volait ! Nature saisit les oreilles de l’âne : c’était comme un levier de commande .En arrière pour décoller ; en avant pour accélérer ; à droite et à gauche pour se diriger .

Nature cria Pégase plein gaz en tirant sur les oreilles et ils prirent de la vitesse et de la hauteur .L’âne braillait comme …un âne .Nature riait .L’instant était magique !

Ils finirent tout de même par atterrir sur l’île aux papillons .La gobeline vînt les accueillir mais quand elle embrassa Nature ,la coquine lui fourra du poil à gratter dans son paletot. De belles graines d’églantier qui grattent bien ; çà commençait mal …

Nature fit la danse de la gratouille pour le plus grand plaisir de la gobeline …

Elle entonna alors une ritournelle de sa composition : 

« Je suis Céline

La gobeline

Un peu chafouine

Mais si caline »

Nature n’apprécia que moyennement la chanson car il préférait, de loin, quand c’était lui qui faisait les farces. D’ailleurs, il sortit une crotte de bique et la logea dans la poche de Céline.

La gobeline les invita à une petite collation car le vol , cela creuse …

L’âne eût un picotin si poivré qu’il put à peine l’avaler. Elle servit à Nature un ragoût de queues de rat dans lequel flottaient des yeux de poisson .Là, elle exagérait !

Ils voulurent quitter l’île illico presto mais Céline se faisant enjôleuse et charmante les pria de rester. Il se faisait tard .

« Un voyage au bout de la nuit » dit Céline .Vous n’y pensez pas . De plus, l’âne a-t-il des feux ? »

L’âne ouvrit grand la bouche et ses dents blanches firent un appel de phare du plus bel effet ; mais ce n’était sans doute pas réglementaire …

Il restèrent donc dormir au fond d’une grotte .Céline leur souhaita une bonne nuit et leur conseilla de ne pas ouvrir la petite boîte qui était à leur chevet .

Tiens, tiens se dit Nature .Mais, comme les gobelins résistent à tout sauf à la tentation, le bel écrin fût juste entr’ouvert . Une nuée de puces affamées se jeta sur leur paillasse. Le regard malicieux de Céline aurait du leur mettre la puce à l’oreille …

Au petit matin, une délicieuse chaleur les réveilla de leur nuit agitée . Céline avait fait un bon feu . Mais les sabots avaient disparu !

Nature craignit le pire .

« - Ah, au fait, nickel le coup des vieux sabots de bois : rien de tel pour démarrer un feu ! »

Nature enragea et l’âne aussi . C’en était trop ! Ils ne pouvaient même plus rentrer !

Céline couinait à tue tête :

 « Je suis Céline

La gobeline

Un peu chafouine

Mais si caline »

Il fallait vite trouver une astuce pour traverser le marigot dans l’autre sens avant qu’une nouvelle entourloupe ne leur tombe dessus …

Nature se rappela comment, enfant, il s’amusait à souffler sur les fleurs de pissenlit .Alors il prit une profonde inspiration et exhala savamment, par petites bouffées, l’air de ses poumons .Chaque ailette de pissenlit formait une lettre et une série faisait un mot : Nature envoyait un message codé à Quetzatcoal .Et le texte disait : « 

Quetza

Roi des oiseaux

Ton souffle est

Un pet de moineau »

Signé : Nature le gobelin

Quetzatcoal reçut le message et remit les « lettres-chandelles » dans l’ordre .Il devint furieux, et, il souffla, tempêta, battit des ailes comme jamais tant et si bien qu’un vent terrible s’abattit sur l’île aux papillons .Or, Nature était déjà juché sur son âne ; ils avaient tous deux étirés leurs oreilles au maximum et se tenaient sur le qui vive, prêts à décoller .Quand la tornade arriva sur eux, l’âne fit deux pas d’élan et se retrouva dans les airs .

« Pégase , plein gaz ! dit le gobelin . Et, sans l’aide des sabots magiques, l’âne emporta son cavalier de l’autre côté des marais . »

Céline, quant à elle, du se terrer dans sa grotte malgré une fâcheuse odeur tenace qui lui tordait les narines …

Nature continuait de plus belle à observer ses papillons si délicats.

Il pensait bien un peu à la gobeline de temps en temps. Alors, il envoyait des émissaires : deux somptueux monarques qui aimaient à batifoler sur l’île et prendre des nouvelles de Céline. Quand les deux papillons revenaient, Nature revêtait en toute hâte sa coiffe de fleurs aux multiples senteurs pour écouter ce qu’ils avaient à dire . Elle allait bien et aurait même promis de s’assagir un peu aux dernières informations…

Un jour, peut-être, lui apprendrait-il l’alphabet des pissenlits pour qu’ils puissent reprendre contact ?

 

FIN

Par Phil
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Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 11:38

 

Mona

Cette illustration est de Kpérusita 

 

sonyando-con-alas-by-kperusita.jpg

                    "Sonyando con alas"                                                 Kpérusita

 

Mona rêvait de voler. Elle volait en rêve. Mais il devait bien y avoir un moyen de voler pour de vrai , avec des ailes.

La nuit, dans le clair-obscur, elle devenait un exocet: un poisson volant. Elle faisait du vol plané au dessus des flots avant de plonger dans l'onde moirée.

Mais, le jour, elle avait beau tâter derrière son dos : rien !

Elle étendait ses bras en croix comme pour y voir des rémiges mais rien non plus.

Le charme était rompu...

Or, quand elle était en détresse, elle allait parler à son confident : un bel écureuil qu'elle avait appelé « Scouyatolo » .

Ce dernier, d'ordinaire, ne répondait pas mais l'écoutait avec patience.Or, un jour,alors qu'elle mâchait machinalement une noisette, l'écureuil émit un petit son discret : « Houiiic » .

- Quoi, tu parlerais Scouyatolo ?

- Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? répondit -il .

  • Ah, c'est extraordinaire !

  • - Rien d'extraordinaire en fait : si tu mâches la nourriture préférée d'un animal, tu peux comprendre son langage... C'est bien connu !

  • Mona, hébétée, n'en crut pas ses oreilles . Elle enlaça son écureuil adoré et s'abandonna un instant.

  • Scouyatolo reprit la conversation :

  • Allez, mignonne , raconte-moi ce qui ne va pas .

  • Et bien, c'est compliqué...

  • Vas-y , je t'écoute !

  • C'est que ...D'habitude, je ne sais pas que tu m'écoutes vraiment .

  • Alors, fais comme avant !

  • Mona fit une moue énigmatique avant de se lancer.

  • Voilà : J'aimerais ... j'aimerais voler.

  • Ah, c'est à mon tour d'être interloqué...

  • Je t'avais bien dit que c'était délicat.

  • Bon , pas de panique.J'ai un cousin un peu chercheur. Son nom est Scouyatolo Da Vinci. Il faut lui demander conseil .

    Mona esquissa un sourire. En plus, cela tombait bien, car le cousin était en vacances en Amboise, au Clos-Lucé, une sorte de manoir avec de beaux jardins et des grands arbres. Des épicéas paraît-il.

    Les deux compagnons se mirent aussitôt en route et glanèrent quelques noisettes fraîches dans les bois pour alimenter la conversation .

    Ils finirent par apercevoir les jardins du Clos-Lucé et leurs yeux ébahis s'écarquillèrent devant tous les automates, les machines volantes, les hélices, les engrenages ... Mona-essai-dessin.jpg

    Le cousin les reçut. Il avait vraiment l'air d'un savant avec ses lunettes et ses poils gris dans les oreilles et tous ces livres autour de lui.

    Ils savourèrent ensemble quelques pommes de pin et des cônes d'épinette puis Scouyatolo Da Vinci roula un peu des yeux et leur remit un codex. Un homme à quatre pieds et quatre mains s'étoilait dans un cercle sur la couverture.

  • Etudiez-bien le codex Atlanticus, feuillet 341, manuscrit B 86. Il contient les plans d'une machine qui pourrait vous faire voler.

  • Mona creusa sa joue, comme pour en mordre l'intérieur, à moins qu'un bout de noisette n'eût été coincé entre ses quenottes. Ses yeux légèrement plissés et malicieux donnaient une impression de mystère.

  •  Ah, j'oubliais quelquechose reprit le savant. Nous avons un autre cousin qui en connait un rayon. Son nom est « Polatouche ». Il pourrait vous être d'un bon conseil pour les techniques de vol car il saute d'arbre en arbre...

 

Le moment était venu de se quitter. Les deux compères reprirent leur route. Mona trouva une belle clairière pour établir le chantier de l'appareil.

  • Il n'y eût plus de repos pour les hiboux pendant un mois entier : Coups de scie, bricolage, ficelage, griffonages,analyse du codex...Tout y passa. Quel « remue-méninges !

    Un astucieux système de poulies et de cordes permettait d'articuler les ailes ; la structure était faite de bois de sapin renforcé par du tilleul, du taffetas amidonné, de la toile couverte de plumes de geai, du cuir traité à l'alun, de cire résistante au soleil, de la soie brute et du jonc pour l'ossature .

    A force de labeur,le résultat était là : une belle machine volante aux ailes aussi légères que celles d'une chauve-souris, trônait dans la clairière. Ils avaient travaillé d'arrache-pied.

    Et « l'ornitottero » était né.

    L'arrière de la structure était en forme de queue de poisson comme un hommage aux exocets des rêves de Mona. Elle pourrait servir de gouvernail.

    La machine était prête . 

  • « Qui l'essaye ? »

  • Vas-y scouyatolo car si tu tombes tu pourras toujours te raccrocher aux branches...

  • Non, c'est ton rêve . C'est à toi !

  • J'ai peur.

  • La peur donne des ailes à ce qu'il paraît ...Mais j'appelle les cousins pour plus de sécurité. Les écureuils dégringolèrent des arbres.

  • Une épaisse fumée rousse envahit la clairière. Que se passait-il ?

    L'herbe, d'ordinaire si verte, avait pris une coloration mordorée du plus bel orangé : les cousins avaient tous déployés leurs belles queues en panache sur le sol en guise de coussins d'atterrissage.

    Mona se prépara, s'élança, voleta, mais, hélas, la chute fut inévitable. Les écureuils amortirent le choc mais la machine était brisée, et , avec elle, les mois d'efforts. Le rêve envolé !

    Après un long silence, Scouyatolo se risqua à dire :

  •  « J'imagine qu'on laisse tomber ?

  • Non ! Il faut contacter l'autre cousin, l'expert en vol plané . »

    On fit donc venir Polatouche qui était justement en visite en Amboise .

    Un éclair gris jaillit dans la clairière : c'était le cousin qui arrivait !

  • « Polatouche , comment fais-tu pour voler ?

  • Rien de plus fastouche ! Regardez-moi !

    Il écarta les bras et son patagium se tendit ; il fit un beau vol et dit : «  A plouche ! »

    Mona décida sur le champ qu'il lui fallait un patagium aussi. Oui, cette membrane qui relie les pattes avant à celles de derrière. C'était peut-être là l'explication de l'homme à plusieurs membres dans le cercle et le carré ...

    Polatouche repassa au dessus d'eux et dit :

  •  « il faut te coudre une membrane sapristouche ! »

    Aussitôt dit, aussitôt tenté. Le pic vert fut appelé à la rescousse : il fera les trous dans la toile et dans le gras de la peau de Mona.

  • « Aie çà chatouille »

  • Mais bientôt la toile de soie fut tendue entre les bras et les jambes de la fillette.

  • « Et si cela ne fonctionnait pas ?

  • Fais comme moi et tout ira bien répondit Polatouche.

  • Attends un peu ,je m'accroche un élastique au cas où ...

    Mona prit son élan mais glissa sur le côté et finit sa course en se balançant au bout de l'élastique. Ouf ! Polatouche jugea opportun de s'éclipser dans la forêt .

    Mona était minée .Elle passait ses journées sur le dos ; triste, mélancolique, désoeuvrée .

    Mais un jour, elle aperçut une buse qui tournoyait dans les airs. Il faudrait que je trouve le plat préféré des buses : des souris sans doute...L'idée de devoir mâchouiller des souris ne l'inspirait qu'à moitié. Elle envoya quand même Scouyatolo voir ce que le hibou pouvait faire. Ce dernier lui fabriqua une mixture sucrée dont il avait le secret : « la misstura ». Avec cette spécialité en poche, mona s'allongea sur le dos, sortit une souris confite et se mit à la chiquer. Cela avait un goût bizarre mais elle put ainsi poser sa question :

  •  «  Pourquoi tournes -tu?

  • J'enroule le thermique répondit la buse

  • Tu roules les termites ?descends un peu , je t'entends mal .

    La buse descendit et lui fit un cours d'aérologie : il fallait trouver une bulle d'air chaud et monter avec elle en spiralant.

    Mona médita la leçon du rapace et reprit tous les plans : il lui fallait un appareil plus léger avec deux ailes « menbranes ». Un panachage des deux techniques ! Là était la solution.

Après un long mois de travail et de rafistolage des restes de l'ornitottero, une sorte d'aile en forme de delta avec un trapèze en osier vit le jour. Les écureuils furent tous conviés à la falaise. La buse aussi était là. Même Polatouche avait fait le déplacement, un peu penaud quand même ...

Mona suça une souris confite et attendit les conseils de la buse : 

-« Mets ton bec au vent pour sentir le moment où l'air chaud monte ! »

- Je n'ai pas de bec

- Mets ce que tu as ! Allez, quand les poils de ton nez se dresseront dans tes narines, ce sera le moment. »

Mona eût beau humer tout ce qu'elle put. Le coup des poils, çà ne marchait pas. Elle trouva une astuce en jetant des plumettes et du duvet dans le vide. Les plumes vacillèrent de çi de là comme de graciles papillons mais finirent par tomber.

Après de longues heures d'attente pourtant le duvet flotta et demeura en suspens. La buse cria de joie : c'est le moment ! Laborieusement, Mona s'approcha du bord : ses ailes de géant l'empêchaient de marcher. Mais elle prit son élan, elle courut et l'aile se sustenta. Hourra, elle volait !

buse-et-delta.jpg

- « Suis- moi ! » lui dit la buse.      

Elles enroulèrent le thermique ensemble, en se croisant à chaque spirale dans une douce complicité. Quel bonheur que de planer à tire d'aile en se frôlant les plumes dans une délicate intimité aérienne. Mais Mona avala sa souris ; elle n'eût plus le soutien du rapace. Elle volait de ses propres ailes !

L'instant était éphémère, il fallait en profiter .

 

En effet, elle perdait déjà de l'altitude ; elle voulut interroger la buse mais en vain. Sa provision de souris était épuisée. Elle aussi d'ailleurs. Le sol se rapprochait dangereusement. Elle avisa un confortable champ de maïs. Elle se posa tant bien que mal et décapita cinquante poupées de maïs. Elle allait certainement se prendre un coup de fourche par le fermier ! Aussi plia-t-elle son aile et fourra-t-elle au plus vite les épis dans ses poches .

 

De retour à la clairière, ses amis l'acclamèrent et sautèrent de branche en branche en tentant même des loopings de joie. Elle offrit une poupée de maïs à chaque écureuil. Des brunes, des blondes et aussi des rousses. Mona avait réalisé son rêve-sans trop brûler ses ailes ...

 

Elle garda, en souvenir, des petits trous dans la peau des quatre membres -un peu comme du hénné : C'étaient les traces des coups de bec du pivert, les cicatrices des points de couture de la membrane en toile.

 

Il paraitrait même, mais cela reste à vérifier, qu'un expert pourrait distinguer, en plissant les yeux, ces minuscules petits points sur le fameux dessin de l'homme octopède du carré circulaire .

L-homme-de-Vitruve.jpg

 

 

 

Références :

 

Le clair-obscur : C'est une technique de peinture dans laquelle le clair cotoie le sombre. Le sombre pouvant être le monde terrestre et le clair le divin.

 

Exocet : C'est un poisson volant. Un poisson fossile a marqué Léonard de Vinci.

 

Alimenter la conversation : Expression qui signifie causer.(sans noisette, la communication est impossible)

 

Scouyatolo : écureuil en Italien. Cela s'écrit « scoiattolo ».

Mona : c'est la joconde qui aurait un sourire énigmatique (Monalisa)

 

Amboise et Clos-Lucé ou manoir de Cloux : c'est là que François Premier avait installé Léonard pour la fin de sa vie.

 

Épinette : Plat préféré de l'écureuil volant dont l'autre nom est polatouche.

 

Remue- méninges : Mot inventé qui se rapproche du remue- ménage. Les méninges sont les membranes du cerveau.

 

D'arrache-pied : Beaucoup . Et aussi, pour voler, il faut arracher ses pieds du sol.

 

L'Ornitottero : c'est le vrai nom de la machine décrite par Léonard dans le codex(livre), au feuillet 341, Manuscrit 86.

 

Epaisse fumée rouge : Allusion au sfumato : Technique de peinture où la superposition de couches donne un effet enfumé, évanescent.

 

Patagium : membrane de vol du polatouche ou écureuil volant.

Par ailleurs les écureuils se servent de leur queue comme d'une couverture. Alors pourquoi pas comme coussin ?

 

La misstura : terme italien qui désigne une préparation secrète inventée par Léonard pour réaliser divers objets (poignées de couteau, pièces de jeu d'échec, salières, porte-plumes, etc)

 

Le cercle carré et l'homme : réflexion sur la quadrature du cercle. On retrouve ce dessin sur les pièces de un euro.C'est un schéma de proportions du corps humain d'après Vitruve vers 1490.

 

 

Mordoré : couleur brune mêlée de rouge et aussi crépuscule artificiel utilisé pour peindre ou encore un oiseau de cette couleur.

 

Par Phil
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